Géopolitique onirique de La Réunion

Il faut aller voir aux Archives départementales les révélations sur le « continent réunionnais » » et son passé insoupçonné. Une uchronie loufoque et érudite, fruit de l’imagination féconde d’Emmanuel Kamboo. Visite conseillée avec le comédien Sergio Grondin, pardon, le secrétaire perpétuel de l’Institut INcyclopédique Universel, Charles Panon de Cimendef.

Chez soi comme en voyage, nous sommes toujours ailleurs. Éternels insatisfaits d’un sort, d’un lieu, d’un moment. Envie d’être propulsés très loin de ce « là, ici et maintenant ». Car trop à l’étroit dans nos contraintes. Mais aussi dans notre géographie, ses frontières physiques ou mentales, et dans une histoire déjà bien parcourue.

Et voilà que les révélations de L’INcyclopédie de La Réunion continentale (lire le JIR de samedi dernier) nous prennent par la main. Pour redessiner une carte oubliée, des chemins perdus menant à un passé disparu. Les cultures de ces ancêtres pas si lointains ne sont pas totalement enfouies puisque, bien au contraire, elles sont la filiation de notre vivre ensemble d’aujourd’hui.

Ce dévoilement d’une géopolitique onirique nous transporte dans l’immensité de La Réunion. Constitue le portail vers une inaccessible profondeur des hauts et une invisible frénésie du littoral. Aux confins de territoires cousus d’épopées héroïques, lieux battus par les quatre vents et à l’affluence de migrations continues

Il faut rendre grâce à ce précieux travail ayant permis la réémergence de « l’océan Réunionnais », jadis le sixième continent. Tant il étanche cette soif d’aventures d’ailleurs, de besoins d’épopées prestigieuses, de rencontres avec « l’autre » par cette concentration sur un même territoire de villages-monde avant l’heure.

Nos toponymes réveillent une autre carte que celle déjà dessinée et balisée, donc dépourvue de fantasmes. Ils nous conduisent vers des royaumes imaginaires qui nous parviennent aujourd’hui par des représentations à l’esthétique fascinante traduisant le mythe de l’aventure aujourd’hui dissous dans l’interconnexion de la planète. Une parfaite mécanique de l’illusion à partir du souffle de notre histoire, nos voisinages et de nos métissages.

Le tour de force de nos découvreurs reste de nous maintenir à bonne distance du présent ; assez proches pour susciter une nostalgie de cet ancien temps mais suffisamment éloignés pour éviter toute comparaison désolante.


Jérôme Talpin


INcyclopédie du continent réunionnais. La vérité sur la Réunion avant 1946. Archives départementales à Champ-Fleuri. Du 24 avril au 29 décembre 2017.